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Publié : 16 février

L’argent tabou moderne

1. Introduction 2. La vision freudienne de Totem et Tabou 3. Critique de Freud 4. Une origine animale possible des tabous 5. Les dérives sociales du tabou : névrose obsessionnelle, complexe d’Oedipe et religion 6. Le tabou moderne l’argent roi – l’argent dieu – le pouvoir et la ruine du politique 7. Conclusion

1. Introduction Depuis qu’il pense, l’homme occupe une place particulière dans la nature dont il est à la fois le maître et l’esclave. Il en est le maître par les capacités d’innovations et d’adaptations industrielles et technologiques qui lui assurent une suprématie complète sur une grande partie du monde du vivant. Mais l’homme en est aussi l’esclave car les lois physiques et chimiques de la nature demeurent incontournables et l’asservissent complètement pour sa nourriture et sa reproduction. Cette ambivalence entre suprématie et dépendance s’est perpétrée au cours des millions d’années de l’évolution humaine d’êtres primitifs vers les êtres sociaux que nous connaissons actuellement. L’organisation sociale actuelle s’est donc construite sur les comportements individuels et collectifs d’hommes qui, depuis l’origine de l’humanité, obéissent à des règles dont ils ne sont pas nécessairement conscients. Les interdits, les croyances et les comportements se sont alors probablement cristallisés, chez nos ancêtres primitifs, par les tabous et les totems qui les matérialisent. L’évolution progressive du savoir de l’homme lui a fait subir, selon Freud, trois blessures narcissiques majeures. La première se situe quand il a réalisé que la Terre n’était pas le centre de l’univers de dieu, la deuxième, lorsque Darwin a établi que sa filiation était animale. La troisième enfin est d’ordre psychologique : « […] la vie instinctive de la sexualité ne saurait être complètement domptée en nous et que les processus psychiques sont en eux-mêmes inconscients, et ne deviennent accessibles et subordonnés au moi que par une perception incomplète et incertaine, équivalent à affirmer que le moi n’est pas maître dans sa propre maison. » Avec la découverte de son inconscient, l’homme est entré dans une nouvelle période d’incertitude. Comment ces tabous ont-ils évolués avec l’évolution des connaissances de nos sociétés modernes. Dans une première partie, j’essaierai de restituer la position freudienne des totems et des tabous. Puis nous essaierons de voir comment ces totems et ces tabous ont pu évoluer vers des comportements de société pour finalement arriver à essayer d’analyser certains comportements de notre époque moderne.

2. La vision freudienne de Totem et Tabou Dans l’introduction de Totem et Tabou, Freud nous rappelle le besoin de s’appuyer sur les résultats de l’ethnologie, et notamment sur les descriptions disponibles des comportements des peuples primitifs, qu’il considère comme les plus proches de ceux qui furent ceux de nos ancêtres avant que les progrès sociaux et techniques de l’humanité n’aient changé nos habitudes, pour mieux comprendre les comportements individuels et collectifs actuels de notre société. « […] le tabou survit encore de nos jours, dans nos sociétés modernes ; bien que conçu d’une façon négative et portant sur des objets tout à fait différents […]. Le totémisme au contraire est tout a fait étranger à notre manière de sentir actuelle, il est une institution depuis longtemps disparue et remplacée par de nouvelles formes religieuses et sociales […] » . Il partage en cela la vision de Wundt, pour qui le tabou représente le code non écrit le plus ancien de l’humanité, qui remonte à une époque antérieure à toute religion, mais qui trouve essentiellement ses origines dans les craintes et les angoisses de l’homme. Il se déclare toutefois déçu par cette définition qu’il trouve trop restrictive : « Wundt nous apprend ainsi que le tabou est une expression et une conséquence de la croyance des peuples primitifs aux Puissances démoniaques. Ultérieurement, le tabou se serait détaché de cette racine et ne serait resté une puissance qu’en vertu d’une sorte d’inertie psychique ; ainsi le tabou serait même la racine de nos propres prescriptions morales et de nos propres lois. […] l’explication donnée par Wundt nous laisse déçus. Expliquer le tabou de la sorte, ce n’est pas remonter à la source même des représentations tabou et montrer ses racines dernières […] Il faut remonter plus loin encore. » . Il protège également la santé en empêchant l’individu d’entrer en contact des cadavres ou de certains aliments ou encore d’avoir des comportements jugés impurs. Le tabou violé se venge de lui-même ou est quelquefois vengé par l’ensemble de la société réunie pour l’occasion. En fait, pour Freud, dans les sociétés primitives, deux principaux tabous se rapportent directement à leur représentation totémique. Ce sont le tabou de l’inceste et le tabou de la consommation de la chair de l’animal totémique. La peur de l’inceste va se concrétiser, dans les sociétés primitives australiennes, par une partition des tribus en plusieurs niveaux de classes jusqu’à descendre un niveau « totémique » au sein duquel les individus, qui partagent les tabous concernant ce totem, reconnaissent également des obligations d’exogamie. Ce totem est représenté la plupart du temps par un animal ou quelquefois une plante dont la chasse ou la consommation sont interdites. « Un totem […] est un objet matériel auquel le primitif témoigne un respect superstitieux, parce qu’il croit qu’entre sa propre personne et chacun des objets de cette espèce existe une relation tout à fait particulière. Les rapports entre un homme et son tabou sont réciproques : le totem protège l’homme, et l’homme manifeste son respect pour le totem de différentes manières, par exemple en ne le tuant pas, lorsque c’est un animal, en ne le cueillant pas, lorsque c’est une plante. » . Le totem représente en premier lieu l’ancêtre du groupe, son esprit protecteur et son bienfaiteur qui connaît et épargne ses enfants qui en retour lui doivent le respect. Il est donc la matérialisation d’un ordre social dont la transmission héréditaire paternelle ou maternelle assure la cohésion de la tribu au-delà de la structure familiale classique. Le totem ne correspond pas à une structure familiale au sein du clan, ou ne correspond pas à un lieu de vie déterminé ou même à une communauté de vie. Réciproquement le fait de reconnaître des totems différents n’implique pas nécessairement une situation de rivalité pour les individus. La transgression du tabou de l’inceste au sein du groupe totémique est généralement punie de mort. De fait, dans le cas d’une transmission maternelle de l’héritage totémique, cette interdiction empêchera les relations incestueuses entre frères et sœurs et entre mère et fils. Elle s’étendra à toutes les femmes du groupe pour officialiser une situation ou toute consanguinité avec le totem (l’ancêtre commun) est interdite. Cette situation permet, dans le cas des mariages de groupe où un certain nombre d’hommes et de femmes mélangent leurs gènes, de séparer par le tabou de l’inceste la génération descendante d’avec ses géniteurs et d’entre les frères et sœurs, limitant fortement la possibilité de toute recombinaison génétique. Cette situation n’aurait pas été possible dans le cadre d’une transmission paternelle du totem dont la structure aboutit à une organisation patriarcale de la société. Mais Freud, pour qui cette situation permet d’éviter les incestes de groupe dans le cadre des mariages de groupe, constate qu’« il n’existe notamment que peu de tribus australiennes qui ne connaissent d’autre prohibition que celles déterminées par les limites totémiques ». Il en arrive à prôner une situation complexe de division des tribus en deux classes, chacune étant subdivisée en deux sous-classes elles-mêmes divisées en un certain nombre de groupes totémiques ; tous ces ensembles formant des groupes exogamiques. Dans ce contexte, l’appartenance des individus à une organisation sociale ne peut se concevoir que dans le respect de ces tabous de l’inceste mais aussi de celui qui concerne le caractère sacré et intouchable du chef et de tous les objets qui lui appartiennent. Il considère que le tabou peut être naturel ou direct en ce sens qu’il représente la force mystérieuse attachée à une personne ou à une chose. Il peut aussi être indirect, transmis comme la manifestation de quelque chose au travers d’un prêtre ou d’un chef, ou même encore être un tabou intermédiaire en n’étant ni direct ni intermédiaire comme dans le cas du tabou de l’inceste. Construit sur son ambivalence, le tabou sert à la fois à protéger les personnes éminentes, comme les chefs ou les prêtres, des dangers que pourraient leur faire courir les autres hommes. Il sert également à protéger ces derniers contre l’esprit (le mana) trop puissant du chef ou du prêtre. La gravité de la transgression, dont la punition implicite est la mort donnée conjointement par l’ensemble du clan, confère sa solidité à une structure sociale qui se fonde ainsi sur des comportements individuels confortés par une solidarité collective. Celle-ci ne laisse comme alternative, pour l’établissement d’une nouvelle organisation sociale ou pour la remise en cause de son chef, qu’un événement violent de défi, de combat ou de meurtre rituel qui conduira à la mort du chef. Le tabou, par sa fonction de représentation de l’héritage ancestral, exprime en lui le désir conscient de faire perdurer une dynastie par le respect du totem, mais, simultanément, le désir inconscient de le transgresser. Dans cette ambivalence profonde, tant que la crainte reste plus forte que le désir de transgression, le système, stable, peut se perpétuer mais, dès que la fragilité s’instaure au sein du pouvoir, le désir de meurtre l’emporte. Celui qui enfreint alors le tabou deviendra lui-même tabou, s’il ne l’emporte pas et ne prend pas le pouvoir, il devra disparaître. Il en naîtra, pour les individus, une confrontation permanente entre leur désir inconscient de transgression du tabou et la crainte ou le respect conscient qui s’exerce envers celui-ci. Dans cette dualité ambivalente, de crainte et de respect se dégagent à la fois une dimension individuelle et collective. Elles apportent, notamment dans le fonctionnement des peuples primitifs, une régulation du comportement de l’individu astreint à respecter l’ordre de la société malgré l’absence de lois écrites.

3. Critique de Freud L’oeuvre de Freud reçut de nombreuses critiques, comme celles de Kroeber qui l’a attaqué notamment sur le plan de la rigueur ethnologique. Ce dernier relativisera toutefois la portée de ses critiques après la mort de Freud. Pourtant, Freud lui-même nous rappelle que les analyses et les constructions, qu’il tire de Totem et Tabou, ne doivent pas se comprendre comme celles de faits avérés, qui se seraient produits à une date précise dans l’histoire, mais bien comme ceux qui découlent d’une évolution possible au sein d’un contexte phylogénétique probable, fondateur d’une espèce et d’une civilisation. Prenant le relais de Kroeber, Malinovski, un des premiers ethnologues modernes, a séjourné pendant plus de deux ans chez les primitifs Trobriandais où il a observé un interdit de l’inceste qui concerne essentiellement les soeurs. Bien qu’il soit convaincu que la psychanalyse puisse apporter des éclairages fondamentaux pour l’anthropologie, il conteste le caractère universel du complexe d’Œdipe qu’il n’observe pas dans cette société primitive alors que la structure matrilinéaire de la société lui semble jouer un rôle fondamental. Malinowski conteste le caractère sexuel de l’attachement originaire entre la mère et l’enfant. Il relie la tentation de l’inceste au mélange entre la découverte de la sexualité et les souvenirs de la sensualité des rapports avec la mère. Il en conclura que le complexe d’Œdipe se construit comme une réaction consécutive au patriarcat dans la société occidentale. Reich abordera à son tour les thèses développées par Freud dans Totem et Tabou au cours des années 30, notamment à partir des récits ethnographiques de Malinowski. Pour lui, la jalousie, l’ambivalence, le complexe d’Œdipe, la peur de la castration sont avant tout les résultats d’une évolution de notre société qui ne peuvent être transposés sans précaution à des peuples primitifs dont les us et coutumes de vie sont très différents des nôtres. Le complexe d’Œdipe est apparu postérieurement à la répression sexuelle et notamment de celle de l’inceste dont il était fait mention au temps les plus anciens. Pour lui, Freud se trompe dans sa démarche qui mélange interprétation et origine en oubliant de repositionner les significations mystiques, historiques et sociales du totem chez les peuples primitifs. Les comportements familiaux qui en découlent sont différents de ceux qui sont observés dans les sociétés civilisées. Il s’appuie en cela de l’idée de Malinowski selon laquelle il existe une plasticité des instincts humains qui, à la différence du déterminisme qui gouverne ceux des animaux, permet une adaptation aux facteurs culturels. Il en conclut que les résultats de Freud sont plus pertinents pour l’étude des modifications sociales de la nature humaine que pour la psychologie humaine elle-même. Pour Reich, les névroses se construisent principalement sur le refoulement des pulsions sexuelles et ne peuvent se guérir ni par leur maîtrise ni par leur sublimation. L’organisation sociale constituant le principal frein à leur réalisation, ce sont bien les conditions sociales qui provoquent les névroses pendant l’enfance et s’opposent à leur guérison à l’age adulte. Dans ses travaux, Reich développera une théorie sociale du renversement d’une organisation matriarcale vers une organisation patriarcale dans la société Trobriandaise par la gestion de la propriété et de la dot. Dans la société Trobriandaise, coexistent des éléments patriarcaux pour la notion de propriété au sein d’une structure principalement matriarcale. En analysant la nature des échanges économiques, Reich montre que le mécanisme central du processus de transformation du matriarcat en patriarcat est la dot versée par le frère de l’épouse à l’époux. Le chef dispose alors de possibilités indirectes pour transmettre son bien à son fils, à l’encontre de la coutume matriarcale. À l’appui de ces idées, Reich montre la généralité du système clanique et simplifie le système des classes de mariages chez les aborigènes d’Australie qu’il ramène aux mariages entre lignages croisés. Il en déduit ainsi une nouvelle hypothèse pour l’origine de l’organisation clanique et de l’exogamie qu’il construit sur des groupes nomades incestueux qui se côtoient et pratiquent au cours de leurs expéditions de chasse des rapts de femmes dans les groupes voisins. Cette hypothèse s’oppose à celle de Morgan qui pensait que les clans se formaient à partir d’une division de la tribu. On trouve des traces des rapts originaires dans le rituel de la demande en mariage à Samoa ou dans la pratique des viols vengeurs imposés aux hommes étrangers par les femmes du Sud des îles Trobriand. Quoi qu’il en soit, ces critiques de la vision de Freud dans Totem et tabou, ne concerne que le tabou de l’inceste mais pas le tabou du chef, père de tous les tabous. Pour Enriquez , Totem et Tabou, qui est une des œuvres les plus controversées de Freud, est certainement celle qui se situe à la base de son travail le plus fondamental sur l’organisation de la société. Freud va apporter une interprétation psychanalytique à la mise en place des tabous dans les sociétés primitives et, en s’appuyant sur l’anthropologie et la psychanalyse, apporter de puissants outils pour la compréhension des processus psychosociaux, de leurs origines et de leurs évolutions. Selon Enriquez, les trois tabous essentiels étudiés par Freud : celui des ennemis tués, celui des chefs et celui des morts, concernent ceux que l’individu peut considérer comme « étrangers » et dont il peut craindre la colère ou la vengeance par le retour de la force surnaturelle de son corps ou de son esprit. La question de la relation du tabou de l’inceste avec le danger d’une dégénérescence génétique de l’espèce en évitant la consanguinité semble faire appel à des notions scientifiques modernes inconnues des peuples primitifs qui, pour certains, n’établissaient pas de lien direct entre l’acte sexuel et la paternité. C’est ainsi que Bronislaw Malinovsky rapporte que dans les îles Trobriand, la société est régie par une transmission matrilinéaire qui exclut à l’homme tout autre rôle que celui de compagnon de la femme. « […] la base des rôles réciproques dans les relations de descendance, d’héritage, de rang social, dans la transmission de rang de chef, des fonctions héréditaires et de la magie – en fait, chaque rôle social transmis est en relation avec la parenté et dans tous ces cas, la position sociale passe par lignage maternel, de l’homme à l’enfant de sa sœur. » La femme qui se marie quitte le village de son frère pour rejoindre celui de son mari qui devient alors le précepteur de son enfant. Dès qu’il grandit, celui-ci « […] apprend que l’endroit où réside son kada (frère de la mère) est aussi le sien, son chez soi, son village d’appartenance ; que se situent ses biens et ses autres droits liés à la citoyenneté ; que là s’enracinent ses espérances, que là résident ses alliés naturels et ses associés. » Cette organisation protège de relations consanguines trop proches dans le contexte d’une sexualité libre. C’est d’autant plus vrai que les enfants mâles devront, à l’age adulte, retourner vivre dans leur tribu d’origine. Cependant Malinowski rapporte également la présence de nombreuses pathologies de type albinos qui sont fortement favorisées par la consanguinité. Cette fréquence élevée semble souligner l’échec du système social à écarter l’inceste de manière vraiment satisfaisante. Cependant les conséquences de cet échec semblent limitées à la première génération puisque « Tout albinos, homme ou femme, est considéré inapte à l’étreinte sexuelle. Il n’y a le plus léger doute du fait que tous les autochtones ressentent un fort dégoût et une puissante horreur envers […] ces personnes dénuées de pigmentation » . Dans la description qu’en donne Malinowski, il est difficile de discerner si le refus de la société trobriandaise de considérer le lien entre l’acte sexuel et l’enfant porté puis mis au monde par la mère est véritable ou s’il est du ressort d’une position culturelle profonde qui fait refuser aux indigènes ce qui pourrait remettre en cause cette structure même de leur société. En effet, le refus du lien entre acte sexuel et conception se retrouve jusque les pratiques concernant l’élevage des porcs. En castrant les mâles nés en captivité, mais en laissant les femelles domestiques s’accoupler en toute liberté aux porcs sauvages à l’extérieur du village, les trobriandais recréent ainsi, volontairement ou inconsciemment un schéma compatible avec la croyance de la déconnexion entre l’accouplement et la reproduction. Une telle structure serait rapidement mise à mal dans le cadre d’un élevage traditionnel. Le refus de ce lien de cause à effet va jusqu’à considérer comme sacrilège le fait de souligner la ressemblance des individus du fait de leur parenté. « Si nous prenons en considération le dogme de Dieu le père et de Dieu le fils, de l’amour filiale de l’humain pour son Créateur, tout cela ne tombe-t-il pas à plat dans une société matrilinéaire où la relation entre le père et le fils est décrêtée par la loi tribale être celle de deux étrangers […] » Malinovski, sans être catégorique, explique le peu de succès des prêches des missionnaires chrétiens quand ils tentent de convaincre les indigènes de la relation immédiate entre l’acte sexuel et la reproduction.

4. Une origine animale possible des tabous Dans son ouvrage, La religion des origines , Emmanuel Anati soutient, sur la base des recherches archéologiques récentes, la thèse d’une origine unique pour toutes les religions des quarante derniers millénaires.Pour lui, « La religion organisée a reçu en héritage, réordonné et rationalisé des aspects originels de ce comportement par lequel l’homme cherchait une relation avec ces phénomènes naturels qui, n’étant pas explicables sur la base de ses propres notions, se voyaient renvoyés à l’irrationnel ou au supranaturel. » Dans la préhistoire, on peut trouver, à travers la lecture des œuvres d’art et des autres pièces, des éléments communs qui permettent d’établir que la religion a eu des étalons et des bases conceptuelles diversifiées mais que malgré tout ces aspects divers ont beaucoup en commun. « Mais ces témoignages archéologiques sont nombreux et, en prenant le terme dans son sens le plus large, on peut dire que la religiosité a été un phénomène universel, où l’on retrouve les premières expressions intellectuelles de l’espèce humaine. » Cette religion nous ramène tout naturellement aux tabous dont la puissance provient des sentiments ambivalents, entre craintes et respects, qu’ils génèrent devant les caractères mystiques et surnaturels qu’ils représentent pour soi-même et les autres. Pour Anati, citant en cela les travaux de Huxley , une forme comportement chez les animaux qui, bien qu’elle ne soit pas empreinte de religiosité, nous conduit à une forme certaine de ritualisme. Ainsi, on ne peut exclure que les restrictions que représentent les tabous puissent trouver leurs origines dans un instinct naturel profond notamment en ce qui concerne les tabous de l’inceste et du meurtre. De fait, l’interdiction (ou la ritualisation) de la consommation de la chair du totem peut également provenir de « l’observation qu’aucun animal ne se nourrissait de la chair des autres animaux de son espèce ; et on en aurait tiré la conclusion qu’en faisant le contraire on porterait atteinte à l’identification avec le totem, ce qui serait préjudiciable au pouvoir qu’on voulait acquérir sur lui » . Si la citation précédente permet d’envisager la possibilité d’une explication éthologique au tabou du meurtre au sein de sa propre espèce, Freud évoque également, à la suite des travaux de Darwin, la possibilité d’une origine animale historique au tabou de l’inceste par la domination des petites hordes par un mâle dominant refusant de partager les femelles. « Des habitudes de vie des singes supérieurs, Darwin a conclu que l’homme a, lui aussi, vécu primitivement en petites hordes, à l’intérieur desquelles la jalousie du mâle le plus âgé et le plus fort empêchait la promiscuité sexuelle. […] nous pouvons conclure en effet qu’une promiscuité générale des sexes à l’état de nature est un fait extrêmement peu probable. » Mais il replace, dans les phrases suivantes, l’origine de ce tabou dans une discussion sur le contexte social de l’homme primitif. Freud ne disposait pas à cette époque des résultats récents des études éthologiques modernes sur les comportements sociaux des singes. Selon les observations faites chez les gorilles, La présence de mâles dominants, possesseurs exclusifs des femelles, pourrait contraindre les jeunes mâles à s’exiler pour fonder de nouvelles familles sans que cela ne génère une véritable organisation sociale au-delà de la famille. Cette situation a ainsi pu être celle de nos ancêtres primitifs, mais il est également probable que des conditions de survie difficiles, par exemple dues aux périodes de glaciations intenses ou au besoin de faire front face aux divers dangers et aux besoins de nourriture aient pu contraindre les familles à une communauté de vie. Ce type de comportements s’observe actuellement chez les singes. « Chez les primates, la structure sociale diffère toutefois selon qu’il s’agit des singes arboricoles ou des singes terrestres. Chez les premiers, comme c’est le cas chez les chimpanzés et les gorilles, on trouve une structure sociale remarquablement égalitaire, alors que chez les singes terrestres comme les babouins africains ou les macaques asiatiques, confrontés constamment aux dangers du terrain à découvert, on observe une organisation sociale à la tête de laquelle se retrouve un seul mâle hautement dominant et quelques mâles adultes de rang légèrement inférieur. » La partition de la tribu, qui naît de cette structure sociale, ressemble naturellement à une subdivision totémique qui sera susceptible de permettre aux mâles de rangs légèrement inférieurs d’assurer leur domination sur leurs femelles. Une situation analogue chez nos ancêtres primitifs a pu naturellement conduire à une « notion du totem [qui] sert de base à la subdivision intérieure et à l’organisation du clan. » Dans tous les cas, même dans le cas d’une origine qui serait héritée des instincts animaux les plus évolués, le tabou et la religion se construisent sur les règles de positionnement de l’individu dans son groupe.

5. Les dérives sociales du tabou : névrose obsessionnelle, complexe d’Oedipe et religion Pour Freud, il existe une analogie forte entre l’attitude du primitif face au tabou et les symptômes caractéristiques de la névrose obsessionnelle chez l’individu moderne. Dans les deux cas, les prohibitions qui en découlent sont d’origine interne et se transmettent au travers des objets en induisant des actes et des cérémonials. Freud voit dans cette similitude entre les tabous et le fonctionnement inconscient de l’homme un ancrage au plus profond de ses instincts primitifs : « Le tabou provient de la même source que les instincts les plus primitifs et les plus durables de l’homme : de la crainte de l’action de forces démoniaques. » Il considère que l’ambivalence du comportement humain devant le tabou présente quatre points fondamentaux d’analogie avec le mécanisme de la névrose obsessionnelle : « 1° absence de motivation des prohibitions ; 2° leur fixation en vertu d’une nécessité interne ; 3° leur facilité de déplacement et contagiosité des objets prohibés ; 4 existences d’actes et de règles cérémoniaux découlant des prohibitions. » En effet, la névrose obsessionnelle résulte d’un conflit inconscient entre le caractère destructeur des composantes pulsionnelles érotiques et leur refoulement. Les prohibitions que s’imposent les malades atteints de névroses obsessionnelles sont tout aussi mystérieuses que celles qui relèvent du tabou. Elles ont surgi un jour et, depuis lors, l’individu est obligé de subir leur contrainte en vertu d’une angoisse irrésistible. Comme pour le tabou, la prohibition principale de la névrose obsessionnelle concerne le toucher que ce soit dans sa forme concrète ou même dans sa forme purement mentale. Elle est également susceptible de transferts au travers des objets ayant appartenu à un sujet frappé par le tabou ou par l’objet de la névrose. Enfin, les deux provoquent une ritualisation des réactions, par exemple des ablutions, en réponse aux interdits du tabou ou de la névrose. La principale caractéristique de la situation psychologique ainsi crée est l’instauration de l’ambivalence du comportement de l’individu entre les interdits et ses propres actions. Celle-ci va jouer entre le caractère individuel des réactions des individus et leurs comportements sociaux. Freud propose d’ailleurs de comparer la surabondance de préoccupations craintives du cérémonial tabou aux excès de tendresse de la névrose obsessionnelle dans ses efforts constants pour refouler l’hostilité inconsciente. Au point de vue génétique, la nature asociale de la névrose découle de sa tendance originelle à fuir une réalité qui n’offre pas de satisfactions pour se réfugier dans un monde imaginaire, plein de promesses alléchantes. Dans le monde réel règne la société humaine avec toutes les institutions et les processus de reconnaissance qui lui sont liés comme le positionnement social, le pouvoir, le travail, la religion… En se détournant de cette réalité, le névrosé s’exclut lui-même de la communauté humaine dont il disparaît à la manière du sacrilège qui ne survit pas à sa transgression du tabou. On comprend, dès lors pourquoi la transgression de certaines prohibitions taboues présente un danger social et constitue un crime qui doit être puni ou expié par tous les membres de la société, s’ils veulent échapper collectivement à ses désastreuses conséquences. L’homme qui a enfreint un tabou devient tabou lui-même, car il possède la faculté dangereuse d’inciter les autres à suivre son exemple ; Il éveille la jalousie et l’envie : pourquoi ce qui est défendu aux autres lui serait-il permis ? Il est donc réellement contagieux, pour autant que son exemple pousse à l’imitation, et c’est pourquoi la stabilité même de l’organisation sociale appelle à une punition au rôle exemplaire. Le danger que la transgression individuelle du tabou aura révélé deviendra réel si les velléités conscientes des individus prennent le pas sur le refoulement de leurs désirs inconscients. Cette contagion pourrait résulter en une dissolution de la société. Au contraire, l’intérêt de la société sera de provoquer l’identification de l’individu pour en obtenir une meilleure intégration au groupe. Enriquez, citant Freud, rappelle : « si le complexe d’Œdipe n’est pas seulement le complexe structural de l’individu mais aussi de l’humanité, si la psychologie individuelle est une branche de la psychologie sociale, les formations collectives ne peuvent se comprendre qu’en faisant appel au mécanisme de l’identification et en particulier à certaines formes d’identifications primitives. » Pour Freud, l’identification de l’individu au sein d’une foule se fera par la reconnaissance de son idéal du moi au sein de ce groupe dont une caractéristique est justement d’avoir mis en commun un idéal du moi. Ce faisant, l’individu pourra se reconnaître à divers titres, et selon les circonstances, comme appartenant à plusieurs groupes (races, classes, communauté de foi) créant par cette appartenance multiple les conditions de son individualité. Les religions, comme les civilisations, se fondent sur des meurtres réels (les coups d’état) ou symboliques, qui justifient et rendent irréversible par leur caractère irrémédiable, la rupture d’avec l’ordre précédent. Ainsi le christianisme se fonde-t-il sur l’image du meurtre collectif rituel de Jésus sur la croix, symbole totémique, et du festin collectif rituel, régulièrement renouvelé afin de réitérer la reconnaissance de son caractère divin par l’appropriation d’une part infime de son corps, symbole de sa puissance. Cette forme d’identification à la divinité par la consommation de sa chair permettra même passer à la substitution dans une forme de sacrifice et de renoncement de l’existence de l’individu au profit de l’idole. Cette acceptation consciente et volontaire du renoncement au désir permet d’atténuer les effets des désirs inconscients : « l’acceptation de la névrose générale dispense le croyant de la tâche de former une névrose personnelle » .

6. Le tabou moderne l’argent roi – l’argent dieu – le pouvoir et la ruine du politique Si l’on considère que le tabou est, par essence, une règle non écrite dont la transgression est susceptible d’engendrer une punition collective ou individuelle, on doit nécessairement se rendre compte que les lois modernes de notre société ont démystifié les interdits primitifs en les codifiant. Ce faisant, les interdits eux-mêmes en ont été transformés. L’interdit tabou de l’inceste par exemple, bien qu’il reste un interdit moral condamné par les religions, s’est trouvé déplacé, sur le plan juridique, vers une répression de la pédophilie incestueuse et une protection des enfants mineurs. De même, le tabou du chef, s’est-il trouvé déplacé, sauf lorsqu’il s’agit de sa protection physique immédiate qui est, comme pour tout citoyen, du ressort de la loi ordinaire, vers des notions d’atteinte à la crédibilité de l’état ou de la fonction, qui laissent la critique et la satire s’exprimer, mais dans une zone aux contours pas toujours nets. Ceci exprime bien la difficulté actuelle de notre société à gérer ses tabous que les connaissances modernes ont relativisé sans parvenir à les faire complètement disparaître de nos comportements sociaux. Croyance à la chance et aux superstitions, bons vœux de débuts d’années, comportements implicites de respect envers les morts et respect de l’autorité sont toujours présents au sein des individus ; quelquefois exprimés par leur rejet et les punitions qui en découlent… Je suis un bon citoyen et je paye mes impôts. Cette conviction intime qu’il s’agit du prix de la vie en société de laquelle l’homme ne peut s’abstraire sans se condamner à un retour de la barbarie et de guerre du tous contre tous repose probablement sur l’impossibilité ressentie par tous d’apporter des réponses définitives à la question de nos origines et du sens de notre vie. Il est significatif à cet égard de constater combien l’évolution de notre société, depuis les temps primitifs, nous a amené à adorer de nouveaux tabous et leurs totems. Le tabou moderne, l’argent, est tout aussi mystérieux et immatériel que les tabous primitifs. Il n’existe que sous la forme d’accords matérialisés par des morceaux de métal ou de papiers et même, à notre époque par quelques polarisations magnétiques de cristaux de ferrites dans les disques durs des ordinateurs des banques. De tabou, il garde ce culte mystérieux qui interdit de le toucher certains jours dans certaines religions. Le sacrilège qui consiste à le détruire, alors même qu’il est censé vous appartenir, provoque la vindicte populaire qu’avait subie en son temps Serge Gainsbourg pour avoir osé le brûler en public. Crime aggravé par l’utilisation d’un de ses totems, la télévision, pour la médiatisation de ce sacrilège. Dans l’ordre actuel du monde, le caractère sans scrupule de sa doctrine libérale permet à une minorité de vivre dans l’abondance quand une majorité effarante manque de tout. Cet « équilibre » inhumain est régulé par ce totem et son principal représentant, le dollar, qui depuis qu’il existe réfère son existence à Dieu. Ce tabou s’appuie sur ses nouveaux totems, moins naïfs, dont la technologie écrasante apporte ces sentiments de sécurité et de puissance que nous vantent tant les constructeurs automobiles. Ils nus font ressentir cette illusion de dominer le monde entier et sa culture par cet ectoplasme par ailleurs merveilleux qu’est Internet. L’ambivalence aidant, l’automobile offre un monde sensoriel clos, un isolement onirique, que le conducteur peut ouvrir et refermer à sa volonté sur les bruits du reste du monde. Comment s’étonner dès lors que les informations nous confirment régulièrement que l’on puisse s’entretuer pour un accrochage ou une place de parking. C’est une confirmation de plus que tout ce qui concerne le tabou est tabou ? Il en est de même du téléphone portable qui nous relie et nous sépare. Ce sentiment de domination du monde nous est également apporté par la télévision qui, quel que soit le niveau social du spectateur, le conforte dans un monde privilégié, rassurant et protecteur. L’homme préfère le dogme au doute. Ne suffit-il pas d’allumer le récepteur pour mesurer la chance que nous avons de ne pas vivre les malheurs des autres ; et ne suffit-il pas de l’éteindre ou de changer de programme pour, après avoir compati et être rassuré sur notre sort, faire disparaître de nos yeux la réalité d’un monde impitoyable. Le retour moderne du totémisme se place dans tous les objets de consommation courante qui symbolisent cette nouvelle forme qu’a pris l’expression de la puissance depuis le monde primitif : l’argent. L’appel au meurtre n’est plus simplement dans le regard de l’autre, individu devenu chef d’un monde qu’il peut clore, mais potentiellement dans tous ces objets totem représentant le pouvoir et tous ses avatars, de la société glamour à la vie des stars du show-biz en passant par le mode de (non) expression des hommes politiques actuels. C’est oublier ce que nous avait fait comprendre Aristote lorsqu’il nous dit que « l’homme est un animal politique qui ne peut vivre en dehors de la société » qui seule lui apporte la structure qui puisse satisfaire la diversité de ses besoins vitaux par la nourriture, la reproduction et l’existence dans le regard de l’autre censée fonder la dimension politique. L’homme moderne a fondé, sur la forme moderne de son tabou, un monde Un monde que l’humain, vivant sa supériorité technologique sur la nature comme le but de sa religion, de ses raisonnements et de sa culture, a enfermé dans ses propres contradictions sans se préoccuper de sa relation au reste du cosmos.

7. Conclusion Pour Emmanuel Anati , la base religieuse commune de nos ancêtres du paléolithique inférieur se traduit par une dissémination rapide des techniques de l’art pariétal qui révèle de profondes analogies de sites à sites. « En ce qui concerne les origines de l’homo sapiens, les découvertes, disséminées dans plusieurs continents, semblent indiquer que, partant de son lieu d’origine, il a réalisé une formidable expansion. En quelques milliers d’années, il a conquis le monde ». Pour lui, l’ « une des particularité du système mental de l’homo sapiens est d’éprouver une sorte de fascination pour l’incroyable et de vouloir rechercher les preuves de sa crédibilité » . Ainsi, par sa construction naturelle, l’homme a besoin des tabous pour se positionner en lui-même, mais aussi au sein de la nature et au sein de la société qu’il a construite. Les tabous apportent, par les renoncements humains qu’ils induisent devant les absences de réponse et leurs caractères sacrés, les compensations spirituelles aux pièces manquantes du puzzle de la connaissance. En ce sens, ils permettent à l’homme de construire les remparts et en même temps leurs brèches contre ses fragilités physiques et chimiques, mais aussi psychologiques et sociales. Sans répondre, les tabous posent le sens de l’origine et du devenir de l’homme. Construits sur le langage ou sur la représentation, ils lui permettent de les concrétiser dans un objet, un mythe, une religion ou un but et de leur donner ainsi un sens collectif même dans l’incrédulité. En ce sens les progrès de la connaissance n’ont pu que provoquer le déplacement des questions vers des réponses de plus en plus inaccessibles. La question des origines et du sens de notre vie reviendra toujours de manière lancinante pour nous rappeler la précarité de notre existence dans un monde vivant qui a existé pendant des milliards d’années avant toute présence pensante. Les études récentes sur l’origine de cette vie, dont l’organisation spontanée reste un grand mystère de la science moderne, nous montre que toutes les espèces de notre planète descendent d’un hypothétique ancêtre commun appelé LUCA : « the Last Unic Common Ancestor ». Cette hypothèse s’appuie sur le constat indéniable que toutes les formes de vie connues sur Terre sont construites selon les quatre mêmes bases élémentaires qui forment les chaînes d’ARN et d’ADN. Depuis que l’homme pense et se pense, son image spéculative lui est renvoyée par la nature. Elle est le miroir de ses interrogations les plus profondes sur ses origines, le sens de sa vie et son devenir. Cependant, la simple restriction à cette universalité ne signifie rien puisque ce questionnement épouse la forme du tout. Il a pourtant été le moteur de tous les philosophes qui au cours de l’histoire ont essayé de proposer le cadre de réflexion idéal, celui qui permet à l’homme de donner un sens à sa vie. Dans cette démarche, le positionnement tout d’abord présupposé puis au fil des avancées de la connaissance consenti de l’homme par rapport au reste nature, trace une histoire non chronologique mais spirituelle qui a toujours affecté et conditionné son comportement face à l’immédiateté des événements. Malgré cela, il n’a jamais pu parvenir à trouver les réponses qui conditionnent sa survie. Quelles sont les raisons de cette dialectique qui l’oppose en permanence au reste du monde vivant ; qui se transcende dans l’histoire de la nature par la lutte pour la survie des espèces et, pour l’homme, dans le temps et dans l’espace par la survie de ses civilisations. Il est frappant de constater que Freud, dans le titre de son ouvrage Totem et tabou a laissé au singulier ces deux termes du titre alors que dans le corps de l’ouvrage, il les emploie souvent au pluriel. Ce singulier peut, bien entendu, se comprendre comme le moyen d’insister sur la relation intime qui existe entre les deux mots ; mais il peut également, être perçu comme un clin d’œil qui nous ramène au seul tabou de la mort dont le principal interdit serait tout simplement de ne pas vivre.